Danièle Sassou Nguesso : « Le pouvoir c’est contribuer à un monde meilleur »

Danièle Sassou Nguesso

 

Le pouvoir c’est contribuer à un monde meilleur

 

Opticienne de profession, Danièle Sassou Nguesso est également entrepreneure sociale. Elle a créé la Fondation Sounga – qui signifie “aide” en lingala – à travers laquelle elle est profondément engagée sur la question des femmes, de leur éducation et de leur place dans la société congolaise. Elle oeuvre à contribuer à davantage d’émancipation et à une meilleure participation de la femme congolaise dans le développement du pays.

La notion de pouvoir la renvoie à une succession d’images et d’idées : le leadership, l’abnégation de soi, la prise de décision, la parole, le courage et le don de soi. Finalement, le pouvoir c’est le champ des possibles : ce qui contribue à accompagner l’autre.

Réduire l’asymétrie des genres

Elle n’estime pas elle-même être tributaire du pouvoir. Elle croit davantage au droit, plus qu’au pouvoir. Le droit de l’égalité, non pas comme un rêve utopique mais comme un but concret à atteindre, et ce notamment pour les femmes. C’est ce qu’elle s’évertue à faire avec son équipe au sein de la fondation Sounga : en travaillant à réduire l’asymétrie des genres qui limite de facto le champs des possibles d’un grand nombre de femmes. C’est pourtant le droit fondamental d’une partie de l’humanité dit-elle.

 A la question de savoir si l’exercice du pouvoir est différent selon le genre, elle préfère laisser parler les chiffres pour elle et s’appuyer sur un rapport McKinsey de 2013. Celui dit que lorsqu’il y a des femmes à des postes de direction dans des entreprises et qu’elles occupent le quartile supérieur, ces entreprises ont un rapport moyen 47% plus élevé que les autres. Elle ajoute à cela que l’ONU rappelle que les femmes sont très efficaces pour les dialogues intercommunautaires, la prévention et la résolution des conflits. Elle savent se rassembler et créer des mouvement pour réclamer la paix, mais aussi pour dénoncer en cas de non-respect d’accords. Les femmes ont une sorte de flexibilité et d’intuition dans leur approche face à la gestion des conflits. Force est de constater qu’il y a une différence dans l’exercice du pouvoir lorsqu’il est féminin.

Les encouragements n’émanent pas toujours des autres femmes

En Afrique subsaharienne, la femme est le plus souvent cantonnée au rôle de femme au foyer, épouse, mère de famille et qu’en dehors de la sphère familiale, les femmes sont quasiment inexistantes dans les sphères sociales, politiques et économiques. On constate que lorsqu’un homme atteint la réussite professionnelle, celle-ci est saluée de l’ensemble de la société. Tandis que lorsqu’il s’agit d’une femme, elle ne l’est que par une minorité de la communauté. De plus, les encouragements, ajoute-elle, “n’émanent pas toujours d’autres femmes”. L’enjeu est donc double : il faut réussir à obtenir l’adhésion de la famille et de l’époux, mais également prouver sa réelle valeur ajoutée et ses compétences au sein de l’entreprise. Il en est de même en politique, au Congo, où on constate que les femmes n’osent pas encore s’engager car elles n’ont pas l’adhésion de leur entourage ni de leur époux.

Lorsque l’on veut monter une activité pérenne ou tout simplement atteindre ses objectifs voire les dépasser, en évoluant de façon significative dans l’entreprise, il faut une bonne dose de courage et de sacrifice, et ceci est valable que l’on soit un homme ou une femme.

A titre personnel, elle aurait aimé accorder davantage de temps à sa famille et à ses enfants mais elle estime que c’était un sacrifice important, nécessaire. Nécessaire d’apprendre à ses enfants les valeurs du courage, du travail et de l’autonomie.

Faire naître l’homme et la femme en même temps

Il est important d’encourager les jeunes filles à faire des études supérieures pour susciter ce cercle vertueux de motivation : d’autres jeunes filles seront ainsi inspirées et encouragées à entreprendre. Il est nécessaire qu’elles aient une haute estime d’elles-même et qu’elles se remémorent la phrase célèbre de John Fidgerald Kennedy : “Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.”

“Si j’avais un pouvoir qui pourrait changer le monde, un pouvoir de l’ordre du divin, je ferais naître l’homme et la femme en même temps. Non pas l’un avant l’autre, mais ensemble et loin, très loin du Jardin d’Eden.”

Le stylo représente pour elle à la fois le pouvoir et la féminité. Le pouvoir parce qu’il nous offre la capacité de laisser des mots, figer un instant, retranscrire des émotions. C’est aussi le symbole de l’éducation, de la culture. “Avec un stylo on signe des traités de paix”. La féminité parce qu’à une autre époque, avant l’arrivée des smartphones, les jeunes filles s’en servaient pour noircir les pages de leur journal intimes et pour écrire des lettres d’amour.

 

Voir l’intégralité de l’entretien avec Estelle Bleichner pour Femme et Pouvoir :

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